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Rue Saint Pol.

 

 

 

  C'est l'une des plus petites de notre ville puisqu'elle n'est bordée que par six maisons.

 

Toutes ont une histoire. Plusieurs notables ayant joué un rôle dans la vie municipale y ont habité.

 

Mais cette rue évoque surtout les souvenir des négociations qui aboutirent, en 1529, à la conclusion d'un traité connu dans l'histoire sous le nom de "Paix des Dames".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La rue Saint POL

Par André LEBLON,

 fondateur et président d'honneur de l'ASPECambrai,  

membre de la Société Historique du Nord

et de la Société d'Emulation de Cambrai.

 

 

 

N°2  Hôtel de Saint Pol.

  C'est le vaste immeuble faisant le coin de la rue de la Manutention. Il existait autrefois à cet emplacement une grande demeure appartenant, au XIVe siècle, à Sire Jean CAUWIN. Il en fait don à son neveu, Sire Walter de RUYSON "bénéficier de la Chapelle Saint Jean l'évangéliste à la Cathédrale de Cambrai.

Ce dernier la lègue à son tour à cette même chapelle et c'est ainsi que la maison reste un bien ecclésiastique pendant deux siècles et demi.

Sa destination change en 1619, date à laquelle elle est échangée, avec le consentement du Chapitre contre un immeuble de la rue de l'Epée.

Nous la retrouvons au XVIIIe siècle, propriété de Michel CARDON avant d'être fractionnée en deux demeures qualifiées alors de "masures", dont la première appartient à Maximilien MOITY, arpenteur, et la seconde à Sébastien PINQUINT qui l'habite encore en 1797.

C'est dans les premières années du XIXe siècle que tout va changer ave André RICHARD dont on trouve la présence rue Saint POL avant 1810. C'est lui, sans doute, qui rachète l'ensemble pour faire construire une grande maison : celle que l'on voit sur le plan d'alignement de 1819 et qui, malgré quelques modifications, a une grande parenté avec l'immeuble actuel.

André RICHARD, le nouveau propriétaire est né à Cambrai en 1761 d'Antoine Ignace et d'Henriette Nathalie FREMICOURT. Après des études secondaires à Douai, puis de droit à Paris, il revient à Cambrai pour diriger le commerce de ses parents. Il épouse Jeanne Thérèse DEMARET et participe à de nombreuses activités hors de sa profession.

C'est ainsi qu'il est membre de la loge Thémis dès 1791 et en devient "vénérable" de 1807 à 1809. Il est également membre de la Société d'Emulation crée depuis peu. Déjà Officier Municipal en 1793, il devient plus tard Conseiller Général du Nord, puis Maire de Cambrai par Décret Impérial du 18 mars 1808. C'est à ce titre qu'il a l'honneur de recevoir l'Empereur Napoléon 1er et de lui remettre les clefs de la ville lors de sa visite à Cambrai le 28 avril 1810, à l'occasion de l'inauguration du canal sous-terrain.

André RICHARD-DEMARET meurt le 29 février 1820 dans cette maison de la rue Saint POL où s'éteindra son épouse onze ans plus tard, le 3 mars 1831.

 

Aux RICHARD succède César LEDOUX. Le nouveau propriétaire est le fils de François Thomas, un notable de la commune de Neuville Saint Rémy dont il fut d'ailleurs le second maire. Bien que commerçant à Cambrai, il reste également très présent dans la vie de son village natal. On lui doit par exemple la création, en 1933 de la première sucrerie neuvilloise qui, dès l'année suivante emploiera 60 ouvriers. César LEDOUX a pour beau frère le savant historien cambrésien André LEGLAY. On sait le rôle important que jouera ce dernier dans le classement des archives. Sa grande compétence lui valut d'être nommé archiviste du Département du Nord.

Après la mort de César, en 1856, sa veuve, née Clémentine CASIEZ, continue à résider 2 rue Saint Pol avec son frère Alfred âgé de 29 ans. Ce dernier exerce la profession de notaire, bien que résidant à Cambrai, il reste aussi fidèle à la Neuville dont il est Maire 36 ans, de 1852 à 1888. De son mariage ave Eugénie CARON, originaire de Bapaume, il n'eut pas de postérité et c'st son beau frère, M CARON-BONNEL qui lui succède dans sa charge de Notaire. Alfred LEDOUX meurt 2 rue Saint Pol en 1902 et son épouse dans la même demeure en 1923.

Il est probable que l'ornementation de la façade actuelle date de l'époque où M. LEDOUX habitait cette maison. C'est Roger BRIOT, agent de charbonnages qui devient le nouveau propriétaire. Pendant la guerre de 1939-1945, l'armée allemande occupe la maison et transforme les caves en centrale électrique. En 1953 ce grand immeuble est acheté par le Docteur TILMANT. En près de deux siècles cette maison n'a connu que quatre familles.

 

Le N°4

Le Béguinage Saint Géry.

Les Cambrésiens peuvent se réjouir de voir cette maison qui menaçait ruine très habilement restaurée. Elle est en effet, avec son pignon pointu sur rue, sa façade en briques égayée par la pierre de taille, une des derniers témoins de ces habitations régionales qui, au XVIIe siècle, bordaient les rues de Cambrai, avant que ne s'imposent des modes de construction venues de France. Au XVIIIe siècle, elle portait pour enseigne "le chabat" ou encore "le chabal", nom dont il est bien difficile de connaitre l'origine et la signification. En 1783 elle appartenait aux "héritiers du Sieur CLARO". Selon différents actes son propriétaire était pendant la période révolutionnaire, Jacques Joseph Payen. En 1797, on situe cette maison de la manière suivante : "devant l'hôtel Saint Pol, tenant à celle de Prémy (aujourd'hui le N°6) occupée par Roch DELRUE, menuisier, d'autre, à celle de Sébastien PINQUIN (faisant partie aujourd'hui du N°2) et en fond à FRAHAN.

On peut voir encore de nos jours une inscription au-dessus de la porte portant cette mention "béguinage Saint Géry fondé en 1819 par P. J. BOULLECOURT". Celui-ci est, en effet, au début du XIXe siècle, le nouveau propriétaire. Menuisier de profession, il épouse Reine DELLERUE (encore indiquée DELREUX), fille de ses voisins Roch DELLERUE et Madeleine PAYEN. Sa femme étant décédée le 30 prairial an X (19 juin 1802) Pierre Joseph épouse en seconde noces, le 10 février 1808, Anne Joseph BACROIX, âgée de 38 ans. N'ayant pas de postérité, Pierre Joseph BOULLECOURT, par testament olographe du 7 aout 1817, fait don au Bureau de Bienfaisance de la maison qu'il occupe rue Saint POL en vue d'y établir un béguinage pour six pauvres filles ou veuves en précisant toutefois que ces dispositions ne prendront pleinement effet qu'après le décès de son épouse. Il meurt le 12 octobre 1819 et le Bureau de Bienfaisance est bien embarrassé lorsqu'il prend connaissance du contenu du testament et des conditions mises par le testateur.  Celui-ci veut en effet que le béguinage soit administré conjointement par le Président du Bureau de Bienfaisance et les Doyens des deux paroisses. Par ailleurs, l'obtention de certains secours en argent par les béguines est  lié à l'observation de pratiques religieuses tels que messes et obits. On peut en effet, se demander si un organisme public peut partager ses responsabilités ave des personnes privées et s'il est habilité à gérer une institution dont le caractère est davantage celui d'une maison religieuse que celui d'une maison de retraite. Fallait-il accepter cette fondation ou la refuser ? Le Bureau de Bienfaisance décide prudemment d'en laisser la responsabilité à l'autorité supérieure et sollicite du Préfet une décision à ce sujet. C'est finalement une ordonnance du Roi datée du 15 aout qui donne son accord et, le 12 décembre suivant le legs est accepté définitivement.

Cette décision va avoir des conséquences importantes puisque Cambrai semble être la seule ville où l'on continue à créer des béguinages au cours du XIXe siècle et même du XXe siècle, le legs BOULLECOURT ayant suscité d'autres fondations.

Mais, Madame BOULLECOURT-BACROIX, devenue veuve, se signale, elle aussi par sa piété au moment de l'épidémie de choléra, en faisant construire en 1831 la chapelle Saint Roch, Saint à qui l'on attribue le pouvoir de protéger les habitants contre les maladies contagieuses. Cet édifice qui remplace celui détruit à la Révolution, est rebâti, non dans l'axe de l'Allée Saint Roch, son ancien emplacement, mais un peu sur la gauche. Le sculpteur ayant fait attendre la statue du saint, l'inauguration n'a lieu que le 18 décembre 1832. Cette chapelle sera reconstruite en 1890.

Madame BOULLECOURT survit quarante ans à son mari. C'est en effet le 8 aout 1859 qu'elle décède et le béguinage n'est pas encore en fonction lors du recensement de 1861. Entre temps, la maison avait été louée à la veuve de Monsieur BOULY de Saint Hilaire, née Bourdon de MAUGRE, tante d'Eugène Bouly notre plus grand historien local. Madame BOULY y meurt le 7 décembre 1852 âgée de 72 ans. Son fils Charles, clerc de notaire semble le dernier occupant avant la mise en place du béguinage. Celui-ci fonctionnera quelque 110 années avant de disparaitre comme beaucoup d'autres vers 1972.

 

Le N°6

Maison de l'Abbaye de Prémy.

C'est une maison du XVIIe siècle. Sa partie supérieure a subi des transformations qui masquent, côté rue, le toit en pente sur le mitoyen. Elle appartient, avant la Révolution, à une communauté religieuse de l'ordre de Saint Augustin, l'Abbaye de Prémy, située à Cambrai entre la rue du Paon et le rempart. Roch DELRUE (ou DELLERUE) en est déjà locataire en 1756 : son dernier bail est daté du 13 janvier 1783. Les biens de l'Abbaye étant vendus révolutionnairement, Roch DELRUE et Marie Marthe PAYEN son épouse en font l'acquisition au Directoire du District le 13 janvier 1791 pour 3000 livres. C'est dans cette maison que, devenue veuve, Marie Marthe PAYEN s'éteint âgée de 73 ans le 13 messidor an XI (2 juillet 1803). Rachetée par Mme DEGOND-WIART propriétaire du grand immeuble 6 rue des Capucins, l'ancienne maison de l'Abbaye de Prémy qui communique par derrière à celui-ci, lui est alors incorporée pendant près d'un demi-siècle. Elle connaît les mêmes fonctions et les mêmes propriétaires successifs, d'abord Constant ANDRAL, marchand de toilettes dont les héritiers vendent l'ensemble le 8 juillet 1840 à Madame Lancelle. Ce n'est que le 27 juin 1850 que les deux propriétés sont à nouveau séparées. Mises en vente toutes les deux, seule celle de la rue Saint Pol trouvera acquéreur. Il s'agit du ménage BERTOUT-MAILLOT dont la fille Angélique, veuve de Monsieur TRUY, hérite de la maison le 2 novembre 1887, qu'elle habitait d'ailleurs depuis une vingtaine d'année et y meurt en 1927.

La propriété échoit alors à son fils unique mais doit être vendue par adjudication le 31 décembre 1931. Les propriétaires suivants que connut cette maison ne l'habiteront pas. C'est en 1967, le domicile et cabinet médical du docteur LOULY.

 

Le N°1

Il fait face à la rue Vanderburch. C'est une maison très ancienne dont la façade a été modernisée sans doute au début du XXe siècle.

On voit encore, sur le mur donnant sur la rue du Marché aux poissons, le dessin de fenêtres gothiques géminées. Il s'agit probablement de "la maison chanoniale de Notre-Dame de Cambray en laquelle présentement réside Maître Fussien d'Heppe chanoine de la dicte église"… précision contenue dans l'acte de vente, en 1605, par HENRI IV de l'immeuble voisin dit "L'Hôtel Saint POL".

Son propriétaire en 1820 est François Augustin Gourdin, notaire natif de Marquion. C'est là que son épouse, née Sophie Lebec, fille d'un ancien notaire de Cambrai, meurt en 1826 âgée de 45 ans.

La maison est habitée tour à tour par Martin Wallers, commissaire priseur, puis par sa veuve, ensuite par Gustave François Wiart-Douay après 1872, date de son mariage. Gustave Wiart est le fils d'Henri Wiart-Pinquet, ancien maire de la ville, qui nous le verrons, habita la maison voisine pendant de nombreuses années.

C'est Alfred Duroyon-Labbe qui en devient propriétaire et c'est le petit-fils de ce dernier qui cède l'immeuble en 1963 aux docteurs Buyse et Crépel qui y créent une clinique radiologique.

Entre temps, cette maison avait été louée depuis le début du siècle à la famille Moreau. Paul Moreau, président du Tribunal Civil y résida, puis sa veuve en enfin ses filles.

La dernière d'entre elles ne quitta cette demeure qu'en 1974.

 

      Marguerite d'Autriche

 

Le N°3

L'Hôtel Saint Pol.

Celui-ci constituait en effet autrefois une partie du célèbre Hôtel Saint Pol. Cette parcelle de la propriété était appelée "Le Quévalet" ou le chevet. Une tradition, difficile à vérifier, veut que ce soit en cet endroit que fut signée la fameuse "Paix des Dames".

Séparé du reste de l'Hôtel Saint Pol, sans doute dans les premières années du XIXe siècle, le Quévalet fut habité vers 1802 par Pierre-Joseph Wiart et son épouse Marie Thérèse La Coquerie. Monsieur Wiart signalé d'abord comme cultivateur devient par la suite marchand de charbon et fabriquant d'huiles.

A la même époque, nous l'avons vu, Madame Degond-Wiart, se sœur, avait fait l'acquisition de la maison d'en face, le 6 rue Saint Pol.

Pierre-Joseph Wiart meurt ici en 1808 âgé de 49 ans, laissant une veuve et de nombreux enfants : parmi eux Henri, né en 1806.

C'est ce dernier qui, à l'âge de 24 ans, continue le commerce et la fabrication d'huiles. Il habite aussi au 3 rue Saint Pol où sa mère décède en 1835, puis épouse vers 1839, Elise Pinquet, fille du Maire de Douai.

Monsieur Wiart-Pinquet possédait un tordoir dans le faubourg, route d'Arras, et fait plus tard l'acquisition des moulins d'Erre.

Le ménage ne quitte le 3 rue Saint Pol que vers 1863 : époque où Wiart-Pinquet fait l'acquisition de l'Hôtel de Thun rue du Marché aux Poissons.

Le développement de ses affaires ne l'empèche pas de prendre une part active dans la vie de la cité. On le trouve à la Présidence du Tribunal de Commerce, à la Caisse d'Epargne, au Comité de Secours aux blessés de la guerre de 1870, à la Chambre des Arts et Manufactures puis à la Chambre de Commerce de Cambrai. Il joue aussi un rôle important dans la vie Municipale puisque, conseiller Municipal en 1848. Il finit par céder aux sollicitations de ses collègues et accepte de devenir Maire de la Ville en 1875.

Wiart-Pinquet est mort le 12 avril 1891. Dans cette partie de l'Hôtel Saint Pol on trouve successivement le Receveur des Finances, puis un marchand de vin en gros. L'habitation est ensuite morcelée en logements populaires.

En 1929, Melle Clothilde Marie Faille, institutrice, vend la maison à Mr et Mme Bacofin.

Les héritiers de M. Bacofin la cèdent en 1952 à la Société Automobile du Cambrésis. Lorsqu'en 1970 les docteurs Buyse et Crépel en font l'acquisition pour agrandir leur clinique radiologique le bâtiment est très vétuste mais bien que remanié à diverses époques, il n'en reste pas moins d'un intérêt réel à la fois historique et architectural. On peut encore y voir un bel escalier du XVIIIe siècle avec des balustres à doubles poires.

 

 

N°5

L'Hôtel Saint Pol.

Ce vieil Hôtel dont on peut encore aujourd'hui admirer le portail gothique et le vieux puits, a une origine très ancienne. Pour certains, il aurait été construit au XIIIe siècle par Jean de Chatillon, comte de Saint Pol, alors que d'autres prétendent qu'il aurait été donné à Wallerand de Luxembourg, par le chapitre cathédrale pour se concilier sa protection. Si ses origines demeurent donc encore imprécises, il semble toutefois que par succession Jean de Luxembourg, le geôlier de Jeanne d'Arc à Beaurevoir en devint propriétaire. C'est du moins ce que suggère la lecture de son testament daté du 17 avril 1430 dans lequel il veut que "Sa compagne Jeanne de Béthune jouisse sa vie durant de son château et terre de Beaurevoir et de sa maison de Cambrai".

Comme il avait refusé au Roi de souscrire au Serment de la Paix d'Arras, il vit ses biens confisqués à la suite de cette insoumission ; ils furent restitués à sa veuve le 26 septembre 1441 "en considération de ce qu'elle avait toujours eu bonne affection pour le Roi".

Jean de Luxembourg et son épouse Jeanne de Béthune étant morts sans descendance, leurs biens, et notamment l'Hôtel Saint Pol, furent hérités par Louis de Luxembourg, et l'on s'accorde généralement à attribuer à ce dernier la reconstruction de l'Hôtel vers 1442.

On connaît le destin tragique de ce grand Seigneur, connétable de France et beau-frère du Roi Louis XI, accusé de félonie et décapité en 1475 place de grève à Paris sur ordre de ce roi. Ses biens confisqués furent restitués "avec tous le honneurs et privilèges" par le Roi Charles VIII à la famille de Saint Pol et en particulier à Marie de Luxembourg, petite fille du Connétable supplicié. C'est donc dans la maison cambrésienne de Marie de Luxembourg qu'eurent lieu les rencontres qui devaient aboutir à la fameuse "Paix des Dames".

Pour comprendre ce qui s'est passé alors, il ne fait pas perdre de vue la situation particulière de Cambrai, cité neutre entre la France et l'Empire, et située à peu près à mi-distance de Paris et de Malines où résidait Marguerite d'Autriche négociatrice pour le comte de son neveu Charles Quint.

 On peut dire également que la Paix des Dames fut aussi une affaire de famille, car Louise de Savoie était devenue belle sœur de Marguerite d'Autriche par le mariage de cette dernière avec son frère Philibert tandis que Marie de Luxembourg déjà cousine germaine des deux princesses était devenue leur tante par son premier mariage avec Jacques de Savoie. On voit par là que le choix de son hôtel cambrésien n'est pas l'effet du hasard.

Entrées à Cambrai le même jour, 5 juillet 1529, Louise prit logement chez Marie de Luxembourg, et Marguerite de l'autre côté de la rue à l'Abbaye Saint Aubert. Les deux habitations furent reliées par une galerie couverte jetée au-dessus de la chaussée pour permettre aux deux dames de se rencontrer sans que leurs allées et venues soient visibles de la rue.

La fille de Louise, et donc sœur de François 1er, Marguerite de Navarre logée au refuge d'Anchin rue des Capucins, profitait également d'un semblable passage enjambant la rue Saint Pol.

Les pourparlers se prolongèrent durant trois semaines, pour aboutir enfin, le 29 juillet au traité connu sous le nom de "Paix des Dames", dont Paule Henry Bordeaux décrit les réjouissances en ces termes : "Dans la nuit qui enveloppe la ville, les feux de joie s'allumèrent, les Héraults clament la Paix aux carrefours. La paix des quatre Dames ! Et Marie de Luxembourg fait ouvrir toute grande la porte ogivale de l'Hôtel Saint Pol, aux battants de chêne hérissés de clous à pointe de diamants, et sortir la vaisselle d'or qui se mélange à l'argenterie royale. Grace à elle, Louise tient table ouverte à tous venants, tant aux pauvres comme aux riches".

 

 

Cette résidence reçut au cours du XVIe siècle d'autres personnages illustres, parmi eux Françoise d'Alençon et le Cardinal de Bourbon en 1518 ; la Reine de Hongrie sœur de l'Empereur y séjourna du 16 au 20 aout 1535, et rendit visite à cette occasion à la Reine de France logée à l'Abbaye Saint Aubert.

C'est dans la grange de l'Hôtel Saint Pol qu'est refondue le 20 octobre 1562 la cloche du guêt du clocher Saint Martin, qui fut remontée au clocher le 26 "elle fut tirée en haut et on y fut depuis 8 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir".

Jehant Durant, bailli de la Seigneurie de Cantaing résidant à l'Hôtel Saint Pol en 1587, y tint le 17 juillet de cette même année le Plaid de son baillage.

Le Roi HENRI IV, arrière petit-fils de Marie de Luxembourg en devint propriétaire par héritage. La maison était alors en très mauvais état et c'est la raison pour laquelle Jean Durant, à qui les officiers du Roi l'avaient louée, devait s'engager à procéder à des réparations importantes. Mais après la chute de Balagny et la prise de la ville par les espagnols, le gouverneur Dom Mexica y plaça un nommé Martin Bar, munitionnaire en vivres, qui y construisit des fours pour la nourriture des soldats espagnols. Après la Paix de Vervins, Henri IV vendit en 1605 cet immeuble qui ne lui était d'aucune utilité, et c'est le Grand Prévôt du Chapitre cathédrale Robert de la Hamaïde qui s'en porta acquéreur pour le prix de 3000 livres tournois. L'acte de vente donne quelques précisions intéressantes sur la propriété. En voici la description : "toute une certaine maison située en la ville du dict Cambray avec court, garage, jardin, lieu pourpris et héritage nommée vulgairement l'hostel de Saint Pol, tenant le dict corps d'hostel de toutes pars es rues et grange et jardin aussy d'une partie à la rue du Marché aux Poissons, et à une maison chanoiniale de Nostre Dame de Cambray en laquelle présintement réside monsieur Maistre Fussien d'Eppe chanoine de la dicte église…"

On notera que contrairement à ce qui est généralement admis, l'Hôtel de Saint Pol n'était pas constitué de l'ensemble des bâtiments de cette choque. La partie faisant face à la rue Vanderburch était une maison Canoniale. En réalité Robert de la Hamaïde agissait au nom du chapitre Métropolitain qui en était le véritable acquéreur ; le prévôt n'était qu'un prête nom, qui devait permettre de contourner les dispositions d'un Edit de Charles Quint interdisant l'achat d'immeubles par les communautés religieuses.

Mais ce que n'avait pas prévu le chapitre, c'est que son Prévôt prit logement à l'Hôtel Saint Pol et s'y trouva si bien qu'il tarda à remplir ses obligations envers lui. Le 17 décembre 1607, répondant aux sollicitations pressantes des chanoines, il indiquait son intention de "laisser par testament" l'hôtel Saint Pol à l'Eglise pour être vendu après son décès, et que si cette disposition n'était pas écrite, de laisser au Chapitre la somme de 1599 florins.

Robert de la Hamaïde n'avait pas pris possession de l'Hôtel de Saint Pol sans difficulté, car le locataire qu'y avait placé l'Archiduc Albert ne prétendait pas le quitter sans son ordre exprès. Il fallut une intervention d'Henri IV auprès de l'Archiduc pour régulariser cette situation.

Le Prévôt continua d'habiter l'Hôtel Saint Pol jusqu'à sa mort survenue en octobre 1636, et le légua à ses héritiers naturels, le Chapitre recevant pour sa part les 1500 florins promis.

Les héritiers du Prévôt revendirent l'immeuble un an plus tard, le 17 novembre 1637, aux pauvres Chartiers installés jusque là "au petit Prémy" rue de l'Epée. Mais ceux-ci ne devaient le garder que peu d'années car ayant fait l'acquisition le 16 juin du refuge de l'abbbaye d'Anchin, situé rue des Capucins, ils s'y établirent définitivement en 1675.

Cette même année, le 13 juin, ils revendirent l'hôtel Saint Pol pour 10530 florins à Pierre Lefebvre qui y transporta à la fois son domicile et son industrie.

Les Chartiers lui avaient vendu leur brasserie pensant pouvoir continuer à fabriquer leur bière à l'Hôtel d'Anchin, mais en juillet de la même année ils en reçurent l'interdiction ; le Magistra s'opposant à l'augmentation du nombre de celles-ci. Avant de quitter l'Hôtel Saint Pol les Chartiers avaient procédé en 1665 à une dernière réfection, celle du mur longeant la rue du Marché aux Poissons.

Voici donc avec les Lefebvre, l'Hôtel Saint Pol devenu pour longtemps une brasserie.

Après Pierre Lefebvre qui avait acheté la seigneurie de Rieux le 20 décembre 1703, et qui testa le 8 mas 1705 ; c'est son fils Aubert que nous trouvons dans cette maison en 1717, à propos d'un conflit l'opposant aux sergeants de la Prévôté pour attestation illégale et contraire aux droits des bourgeois.

Le 23 juin 1731, sa veuve Marguerite Cottiaux demande au R. P. Official la permission de vendre des terres à Proville pour faire réparer l'Hôtel Saint Pol qui doit appartenir à ses cinq enfants mineurs. On ignore quand les Lefebvre de Rieux le cédèrent ; ils en étaient encore propriétaire en 1757, date à laquelle ils payèrent une rente sur cet immeuble.

C'est après son mariage célébré en la paroisse Saint Vaast en 1763 avec Catherine Rondeau, qu'Antoine Oudart "Maître menuisier et marchand brasseur" s'établit rue Saint Pol. De cette union devait naître plusieurs enfants, dont Rosalie, en 1765 qui épousera en 1794 Pierre Marie Pagniez. Antoine Oudart étant décédé depuis 1784, il parait probable que son gendre prit rapidement la direction de la brasserie. Il loge à l'Hôtel Saint Pol où on le trouve au recensement de 1802, il habite alors les N°572 et 573 de la rue et exerce la profession de brasseur.

C'est sans doute à cette époque qu'à eu lieu la partition de l'Hôtel entre la partie qui porte aujourd'hui le N°3 et celle qui constitue le N°5. Des recherches plus approfondies pourraient l'infirmer ou le confirmer ; une seule certitude : en 1820, la séparation était faite puisque le propriétaire du N°3 était M. Wiart et celui du N° 5, Pierre Pagniez.

C'est au N°5 que décédèrent plusieurs personnes de cette dernière famille : l'an VII Sébastien Rondeau ex moine de l'Abbaye de Vicoigne ; en 1801 Marie Michelle Rondeau, oncle et tante maternels de Madame Pagniez-Oudart. C'est là aussi que meurt cette dernière en 1820.

Cette même année, Pierre Marie Pagniez quitte l'Hôtel Saint Pol où lui succède son fils Cyrille. Celui-ci épouse en 2ème noces, en 1830, Stéphanie Leleu, elle aussi fille de brasseur.

Cyrille décède dans sa demeure rue Saint Pol en 1872 et son épouse 20 ans plus tard, en mai 1892.

Il semble que cet Hôtel ne serve plus à l'usage de brasserie depuis le milieu du siècle et ceci à la suite du transfert de cette activité vers la rue des Carmes où le père de Rosalie, Ignace Leleu, a racheté la brasserie des Carmes à Morelle-Gouttière. Celle-ci prendra la dénomination commerciale de "Leleu et Pagniez" vers 1846, puis de "Pagniez et Leleu" et enfin de "Pagniez-Delloye" après le départ en retraite de monsieur Leleu.

Quant à l'Hôtel Saint Pol il continue a âtre habité par Marie Pagniez, veuve Hermandez dont la petite fille, Paule Lequerré, agée de 18 mois meurt le 20 mars 1893 au 5 rue Saint Pol indiqué à cette occasion comme étant le domicile de ses parents.

Madame Hernandez et son neveu Henri alors âgé de 27 ans y sont toujours présents lors du recensement de 1901. Mais dans les années suivantes, la maison héberge la Recette des Finances. C'est le 15 février 1910 que le Docteur Charles Dancourt s'en porte acquéreur. Il l'occupe jusqu'à son décès en 1956. C'est lui qui fait poser sur la maison la plaque commémorative de la Paix des Dames, au cours d'une cérémonie placée sous le patronage du Comité d'Initiative et de la Société d'Emulation. Après quelques années de location, l'Hôtel est vendu en 1963 au docteur Taisne, disparu depuis. C'est ensuite la propriété de son associé le Docteur Corfiotti. Voici donc retracé en quelques pages la longue et glorieuse histoire de cette maison qui, malgré de nombreuses réfections, est sans conteste, la plus ancienne de notre ville mais aussi la plus vénérable par les souvenirs qui s'y rattachent.